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L'Histoire du chèque bancaire en France (2ème partie)

Le chèque existera-t-il toujours demain ??

Voir l'article L'Histoire du chèque bancaire en France (1ère partie)

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Premiers utilisateurs européens et deuxièmes mondiaux (derrière les Etats-Unis) de ce moyen de paiement, les Français recourent pourtant de moins en moins au chèque. Le nombre de chèques émis connaît une baisse régulière depuis 10 ans en raison de la concurrence de la carte bancaire et des virements.


QUELQUES STATISTIQUES

En 2006, les chèques représentaient 26% (contre 20% en 2009) des opérations de paiement interbancaires en France alors que la moyenne européenne est de 9 %.

Le taux d'équipement en chéquier en France est très élevé avec un taux de 91 % pour l'ensemble des particuliers et entre 88 % et 98 % pour le professionnel. Les particuliers émettent en moyenne 4,9 chèques par mois contre 22 pour le professionnel, ce qui conduit à une estimation de plus de 3 170 millions de chèques émis par an (statistiques 2009).
 
En 2009, 61 % des chèques utilisés en Europe sont émis en France, même si la proportion de ces derniers tend à fortement diminuer par rapport aux moyens dématérialisés que sont les cartes, virements, etc. Sur une moyenne de 238 transactions scripturales par an, le citoyen français payera à l'aide d'un chèque dans 60,5% (soit environ 144 fois ; statistiques 2006). En 2009, un Français émet environ  50 chèques par an.

À titre de comparaison, le Britannique, 2ème plus gros consommateur en volume, ne sortira son chéquier que 20,5 fois.
Dans le tableau ci-dessous, vous pourrez remarquer la décroissance très nette du chèque dans divers pays :  

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Dans un contexte plus général, il y a 13 pays européens dont l'usage du chèque est tombé à moins d'un chèque par an et par habitant.
Ainsi, le Royaume-Uni, l’Irlande, le Canada, l’Australie et depuis peu, la Nouvelle-Zélande, s’interrogent sur la viabilité à long terme du chèque qui ne représentait en 2010 que 2% des moyens de paiement.

Mais alors, pourquoi le chèque est de moins en moins utilisé ?

Pour commencer, le chèque est un moyen de paiement moins sécurisé que le virement ou la carte bancaire car les fraudeurs se concentrent encore sur le papier.

De plus, un chèque peut-être « en bois » signifiant qu'il n'y a pas de provision sur le compte bancaire du payeur. En effet, entre 2005 et 2009, on estime à 5.7 milliards d'euros les pertes dues à des chèques impayés. Autant de raisons qui poussent de plus en plus de commerçants à refuser les chèques.

Autre contrainte, l'émission de chèque représente des coûts internes élevés dans les entreprises  (établissement des chèques, signature, rapprochement).

Pour finir, les banques incitent la clientèle à se diriger vers d'autres moyens de paiements car le chèque est gratuit pour la clientèle alors que les coûts de gestion internes sont élevés. Les autres moyens de paiements sont plus rémunérateurs (coût fixe par opération, commission sous forme de pourcentage du montant).


L'IMPACT ÉCOLOGIQUE ?

Les banques incitent de plus en plus leur clientèle à utiliser des moyens de paiement dématérialisés comme la carte bancaire. Un nouvel argument en faveur de la dématérialisation est l'écobilan des différents moyens de paiement.

Les banques parlent de masse de papier et d'encre nécessaire à la fabrication des chéquiers.

Les écologistes parlent de l'impact que peut avoir sur l'environnement la chaîne de fabrication des cartes bancaires, à l'inverse du papier, des déchets en partie non valorisables.
La question est pertinente puisque les 3,7 milliards de chèques émis en France en 2006 représentent plus de 4 000 tonnes de papier imprimé.


LE SEPA : LA MORT ANNONCÉE DU CHEQUE ?

Avant toute chose, il faut savoir que le chèque ne fait pas partie des moyens de paiement européens prévus dans le cadre du projet SEPA.

Même si d'un point de vue juridique, les chèques ne peuvent disparaître, une banque est libre de prendre la décision de retirer ou non les chèques de son offre de services de paiement (émission et encaissement).

Ainsi, une grande majorité de pays n'exploitant pas ou très peu ce type de paiement, l'enlève peu à peu de leurs gammes de produits.
Entre l'écologie, le SEPA et les commerçants réticents, il ne reste plus beaucoup de place pour un moyen de paiement tel que le chèque. Ce produit en déclin fait tout de même partie de l'Histoire.
Alors, faut-il se séparer d'un bout d'Histoire si chère aux Français sur l'autel de la dématérialisation ? Certains pays comme le Royaume-Uni semblent avoir déjà fait leur choix. Ce dernier supprimera définitivement le chèque en 2018 et évoluera très certainement vers le paiement par mobile peu de temps après.


ET DEMAIN ?

La dématérialisation des paiements représente l'avenir, c'est en tout cas la tendance.

Aujourd'hui, le virement est très utilisé mais il a ses limites/contraintes. Par exemple, lors d'un paiement ponctuel, la connaissance des coordonnées bancaires du bénéficiaire est nécessaire. Il nécessite de plus d'avoir un ordinateur pour saisir ou transmettre l'opération ou se déplacer à sa banque.

Alors quels nouveaux moyens de paiements ?

Plusieurs sources montrent une tendance prononcée des Trésoriers à vouloir employer leurs Smartphones pour effectuer des opérations bancaires : transferts, vérifications des soldes...

Ces chiffres laissent entrevoir une évolution des comportements etnfc un futur plus large avec des approbations bancaires et des paiements exploitables par téléphone (m-paiement ou mobile paiement) comme de nouveaux services bancaires répondant à ces nouveaux besoins. Le principe de base du m-paiement est simple et plusieurs systèmes sont actuellement en développement.

Il suffit de sortir son téléphone et de le placer sur une borne de paiement afin de se voir débiter. Pour cela, le m-paiement se divise en deux catégories :

  1. Les paiements n'excédant pas 20€, appelés aussi micro-paiements, sont déployés sur la technologie NFC (Near Field Communication) (intégré directement dans la carte sim du mobile) qui fait office de porte-monnaie électronique ainsi que  de « passe ».
    Ce procédé, qui est déjà mis en place pour plus de 40 millions de Japonais, peut-être comparé à celui des passes de transport Navigo du métro parisien : il suffit de placer son mobile à faible distance d'un lecteur pour effectuer un paiement ou valider son entrée à un spectacle. La technologie NFC devrait rapidement s'étendre en Europe. C'est pourquoi McDonald's vient d'indiquer qu'il équiperait ses 1 200 points de vente britanniques de lecteurs NFC avant l'été 2011. Les applications de paiement seront assurées par Mastercard et Visa dans un premier temps.  
    Dans cette perspective, la ville de Nice a été, au printemps 2010, une zone de test du paiement par téléphone portable, ce projet nommé « CITYZI », en partenariat avec Orange, SFR et Bouygues Telecom s'est déroulé avec l'aide de près de 3000 abonnés.
    L'idée a plu. Un plan de déploiement NFC dans neuf autres grandes villes va donc voir le jour : Bordeaux, Caen, Lille, Marseille, Nice, Paris, Rennes, Strasbourg et Toulouse sont concernées. De nouveaux mobiles et Smartphones intégrant la fonction NFC sont aussi annoncés pour cette année.
  2. Pour les paiements en ligne de sommes plus importantes, un projet commun aux trois grands opérateurs français nommé « Buyster » devrait promptement arriver. Le E-commerce commençant à s'étendre sérieusement sur le marché français (les ventes ont bondi de 28% en 2010), Buyster s'attaque aux solutions de paiement électroniques sur Internet et promet des achats sécurisés, en associant le numéro de mobile à celui de la carte bancaire.

Le projet s'adresse donc à tous les utilisateurs de téléphone portable français, soit près de 55 millions de personnes. Cette association de 3 opérateurs de téléphonie mobile et Atos Origin a pour but de devenir numéro 2 du E-commerce et champion du m-commerce (mobile-commerce) en France d'ici 5 ans.

L'engouement du paiement par carte vécu ces dernières années (de 29 % des paiements en 1998 à 40% en 2005) semble se reproduire de la même façon pour le m-paiement. Les banques et partenaires (Visa, Mastercard...) devront encore étoffer leurs offres afin de s'ajuster aux nouveaux besoins de la clientèle. Les marges nettes se réduiront pour ces organismes mais dans un but commun d'aller vers plus de rapidité et plus de globalité.

Les opérateurs mobiles devront aussi s'adapter tout en proposant de nouveaux services (hors de leur champ d'action originel). Le transfert de numéro devra être automatiquement mis en place afin de ne pas voir leur clientèle se fermer à l'offre du m-paiement. Les forfaits « données 3G » ainsi que les Smartphones devront être plus abordables afin de mieux promouvoir le service et de nouveaux partenariats Banque / Opérateur téléphonique verront le jour à l'instar de l'opérateur Safaricom et la banque Equity Bank au Kenya.

Saupoudrez le tout d'intérêts sur placements perçu par le consommateur et la nouvelle technologie est là !

Bien évidemment, tout ceci va se réaliser au fil du temps. N'oublions pas que la carte bancaire, aujourd'hui indispensable, a mis plus de 30 ans avant de supplanter le chèque... D'autant plus qu'il demeure des freins à ce genre de nouveauté comme le fait que les opérateurs et l'État devront garantir les fonds des clients. Qui sait si en 2040, nous achèterons nos biens et/ou nos services par un système de prépaiement ultra sécurisé sur un modèle économique totalement nouveau ? Affaire à suivre et nouveau marché à conquérir...

Pour illustrer cette fin d’article et remercier les vaillants qui ont lu mon article en entier, je vous propose cette excellente vidéo (éditée par la Barclays)  qui montre l’évolution des moyens de paiements de la préhistoire à nos jours :




Thomas JOAQUIM - Novembre 2011

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