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L'Art et l'Argent, quand les tableaux parlent de Finance (1ère partie)

Une exposition s'est déroulée récemment aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) : elle explorait, ce qui est assez rare pour être souligné, les relations entre l'Art et la Finance en Europe au XIXe siècle.

L'exposition « Art et Finance en Europe – Nouvel éclairage porté sur les chefs d'oeuvres du XIXe siècle » est composé d'une vingtaine d'oeuvres majeures de la collection des MRBAB. L'exposition fait partie d'un ensemble qui a débuté en 2008, portant sur des thèmes économiques et financiers, sur une initiative conjointe entre l'Association européenne des banques publiques (EAPB) et les MRBAB. Henning Shoppmann, le Secrétaire général de (EAPB) a décrit l'exposition comme « une merveilleuse opportunité de découvrir comment l'Art et l'argent ont été intrinsèquement connectés à travers les siècles et comment la finance a inspiré l'Art, une des plus belles choses de la vie. »

Au XVIIIe siècle, le centre de gravité de la finance se déplace de la Bourse d'Amsterdam vers celle de Londres. Cette évolution concorde avec la domination croissante du Royaume-Uni sur les mers du globe et avec l'avènement de la révolution industrielle. Celle-ci bénéficie du grand progrès enregistré par la science et la technique sous l'impulsion des Lumières. Les idées éclairées des philosophes eurent, cependant, pour conséquence la plus radicale, la Révolution française de 1789. Celle-ci bouleversa totalement l'ordre social. Et avec elle, s'effondrèrent les privilèges, notamment financiers, conférés par le seul droit de naissance, qui étaient si caractéristiques de l'Ancien Régime.

Le XIXe est le siècle de l'industrialisation et provoque ainsi de profonds bouleversements sociaux tels que l'exode rural ou l'apparition du prolétariat ouvrier. En parallèle, la bourgeoisie domine de plus en plus l'économie et influence l'Art par le biais du mécénat ou des commandes de tableaux. En effet, ses représentants aiment à se faire représenter dans des portraits très dignes, prouvant leur réussite sociale.

1er tableau à découvrir : « Le banc des pauvres » de Charles de Groux (1854)

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Le banc des pauvres de Charles de Groux (1854) - MRBAB / KMSKB

Après la Grande-Bretagne, la Belgique est le premier pays de l'Europe à entrer de plain-pied dans la révolution industrielle. « Le banc des pauvres » est un tableau que nous pouvons situer une vingtaine d'années plus tard. Les conséquences sociales de l'industrialisation, notamment sur les plus démunis, se font peu à peu jour dans l'Art.
« Le banc des pauvres » est, à l'origine, un lieu dans l'église où l'on distribue du pain aux pauvres à condition que ceux-ci fassent preuve de piété et de bonne conduite. Cette institution est financée par la bourgeoisie que vous pouvez apercevoir en arrière-plan dans un contraste de clair-obscur destiné à accentuer ces différences sociales.

Charles De Groux (1825 – 1870)  est un peintre de scènes de genre, graveur et illustrateur. De Groux débuta comme peintre d'histoire avec des compositions bibliques. Rapidement, il se tourna vers une peinture plus réaliste, aussi bien par le choix des thèmes que par la motivation sociale de ses oeuvres. « Le banc du pauvre » témoignait de cette orientation nouvelle, mouvement qui se faisait jour alors partout en Europe. Cette toile fait partie des premiers exemples de manifestation de la compassion de De Groux envers la classe ouvrière et paysanne, avec laquelle il partage la vision de fatalisme pessimiste. Un groupe de pauvres, cherchant une consolation dans le monde meilleur promis par la piété religieuse, occupe l'avant-plan du tableau, traité en grandes dimensions, dans un cadre cintré évoquant la peinture religieuse des retables d'autels. Isolés de la foule de bourgeois qui occupe la nef centrale attentive à la liturgie en latin, les attitudes des pauvres expriment la désolation, la supplication, la résignation ou même l'ennui. La sensibilité chromatique et la lumière bien étudiée de l'oeuvre de De Groux renforcent le pathétique de la scène (d'après Véronique Coomans-Cardon, in cat. « Le Romantisme en Belgique »).

« Le banc des pauvres », dans la version aquarellée précédant ce tableau (inv. 11527), exprime plus pauvreté et abandon que cette toile (d'après Anne Adriaens-Pannier, in cat. « Le Romantisme en Belgique »)

 

Christine NEVEU - Mai 2016

 

Poursuivez la lecture avec L'Art et l'Argent, quand les tableaux parlent de Finance (2ème partie)

 

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